Apprendre à prêter
Par superdidounet le mardi, septembre 19 2006, 16:40 - Education - Lien permanent
Souvent, au jardin, on entend souvent des "Allez, prête un peu ton ballon au petit garçon !" ou "De toutes façons il n'est pas prêteur". En tant que parent, on a envie que nos enfants soient généreux et qu'ils prêtent leurs jouets sans rechigner. Et si leur permettre de ne pas prêter était une étape vers la générosité, justement ?
Si je m'approche d'un autre adulte dans la rue et que je lui prend son téléphone portable des mains, il y a toutes les chances pour qu'il proteste, voire qu'il me le reprenne brutalement des mains. Tout le monde trouverait cela normal. Et si un tiers s'interposait à ce moment là en lui disant "Allez, prête un peu ton téléphone à la dame !", la plupart des gens serait choquée (ou croirait à une plaisanterie). La propriété est une notion très importante dans notre société, n'en déplaise à certains. Nos "affaires" sont à nous et on entend les protéger. La plupart des gens sont d'accord pour prêter, mais seulement si on leur demande leur avis et s'ils ont le choix de dire oui ou non. Nous fonctionnons (presque) tous comme cela et c'est quelque chose que nous transmettons à nos enfants, sans vraiment le savoir, simplement dans notre façon de vivre au jour le jour.
Imaginez la même scène avec deux enfants de deux ans : l'un d'entre eux joue avec un ballon et le deuxième s'approche de lui et lui prend des mains. Dans la plupart des cas, le premier va protester et essayer de récupérer son ballon. Or souvent, un adulte s'interpose en lui demandant (ou lui ordonnant) de prêter son ballon. Pas de demande, pas de choix. Comment ne pas être en colère ? Comment la prochaine fois ne pas être encore plus protecteur de son ballon que l'on peut voir partir à tout moment, selon le bon vouloir des autres ?
Apprendre a prêter passe d'abord par l'apprentissage de ce qui est à soi. D'autant plus que pour un enfant de 18-36 mois, la propriété a encore un sens très flou. Que ce soit à lui pour toujours ou pour 5 minutes importe peu, un objet qu'il a dans ses mains est "à lui".
Quelques pistes :
- Verbaliser le problème et nommer les émotions, encore et encore. C'est parfois lassant, mais c'est important, surtout à l'âge où ils ne parlent pas encore tous parfaitement : "Elle veut jouer avec ton ballon. Toi tu ne veux pas le prêter. Tu es en colère qu'elle veuille prendre ton ballon sans que tu sois d'accord. Elle est triste de ne pas pouvoir jouer avec le ballon."
- Ne pas se fâcher parce qu'un enfant ne veut pas prêter son jouet. C'est son droit, après tout.
- Rassurer l'enfant sur sa propriété en lui disant par exemple : "C'est ton ballon et tu l'aimes beaucoup. La petite fille a aussi envie de jouer avec. Si tu la laisses jouer avec ton ballon, ce sera toujours ton ballon. Et quand elle aura terminé, elle ne partira pas avec. Elle te le rendra parce que c'est ton ballon."
- Féliciter un enfant qui prête en décrivant les conséquences (heureuses) de son acte : "Tu lui a prêté ton ballon. Regarde, elle a l'air vraiment très contente de jouer avec. On dirait que ça l'a rendu vraiment heureuse que tu lui prêtes ton ballon."
- Montrer l'exemple. Nos enfants apprennent toujours mieux par imitation. Votre manière de vous comporter avec "vos affaires" au jour le jour leur donnera l'exemple de ce qu'on fait quand on est un "grand". Et le désir de devenir "grand" est très fort chez nos enfants. C'est une motivation extraordinaire.
Commentaires
Je vous suis complètement sauf que... Comment voir la chose entre frère et soeur ? Mon fils de 5 ans a beaucoup de jouets. Ma fille de 2 ans et demi en a forcément beaucoup moins car on ne va pas racheter tout en double et elle joue avec les jouets de son frère comme lui aussi aime bien tester les nouveaux jouets de sa soeur. Sauf quand d'un seul coup, dans un moment de rivalité, l'un ou l'autre se met à affirmer la propriété des jouets en question. Là, c'est la bagarre, les "c'est à moi", "je ne veux pas te le prêter", "si tu ne me prête pas ton pollypocket je ne te prêterai pas mon château" fusent dans la maison. Alors j'ai instauré une règle : on est une fratrie, on se prête les jouets pour que chacun en profite. Mais alors, ai-je raison ou dois-je les laisser chacun avec leurs jouets, sachant qu'ils partagent la même chambre, qu'on n'a pas les moyens d'avoir tout en double (et même si on les avait, serait-ce un service à leur rendre que d'acheter tout en double ?)?
Bonjour,
Je suis tout à fait d'accord avec l'initial.
Pour la relaion frère-soeur : chez nous il y a une chambre de jeu unique pour tous les jouets, et au fond, meme si ils ont été oferts à l'un ou l'autre, après, c'est le jeu de tout le monde. Je dois dire qu'il y a de la chicane chez moi, mais pas trop pour cela!
C'est vrai qu'on est dans une société ou nous autres les adultes, on ne partage rien, on essay d'avoir chacun sa piscine, son chien, sa voiture, et si possible, mieux que le voisin. Pas étonnant que nos enfants nous imitent.
Partageons, et nos enfants partageront.
Bonjour, moi je dirais que certains font plus ou moins attention aux jouets des autres enfants (je parle de frères et soeurs), et que certains jouets sont importants pour la petite soeur et pas du tout pour le grand frère qui n'y fera pas attention (ne pas perdre les petites pièces des pollypockets par exemple), alors je crois qu'il faut laisser choisir à l'enfant certains jouets qui sont à lui et seulement à lui, et ainsi de suite pour chacun des enfants. Les mettre ensuite dans des bacc séparés. Ainsi, plus de chicane, tous les jouets sont en communs, sauf ceux que l'enfant veut à lui seul qui sont séparés et lui appartiennent en propre. Un moyen je crois d'atteindre un juste milieu entre les biens communs et les biens individuels. Ce que les adultes en couple font aussi, par exemple, notre armoire est commune, mais je possède mes propres tablettes pour mes choses et je ne partage pas ma brosse à dents avec mon mari !
moi parcontre ma fille de deux ans quand un enfant lui enleve son jouet de ses mains la pauvre soit elle cede soit elle vient vers moi en pleurant elle s?est pas se defendre et cela m'inquiete
bonsoir,
ma fille de 4ans et demi a eu un ordinateur dora à Noel,sa cousine de un an et demi le voulait. Ma fille ne voulait pas le lui prêter et tentait de le mettre hors de portée. Mon mari s'est indigné en disant que vraiment, ce n'est pas normal de ne pas prêter ses jouets, c'est méchant. Je ne suis pas d'accord. L'intérêt n'est pas le même à ces ages-là et son jeu lui appartient. Justement, elle prête des jouets qui ont de l'intérêt pour toutes les deux mais pas les autres; Et vous qu'en pensez-vous ?
mon fils a 32 mois et depuis tout petit il ne veut pas preter ses jouets , c'est vraiement la galère, et quand il n'arrive pas a les recupérer il mort, je ne sais plus quoi faire, est ce que quelqu'un a le meme problème
merci
Je suis assez sidérée de l'usage du mot "prêter" dans les circonstances que vous décrivez et serais certainement outrée de l'intervention d'un parent voulant forcer un prêt. Car en se plaçant du coté de l'enfant qui "prend" le jouet, il s'agit ni plus ni moins que d'encourager le fait de prendre le bien d'autrui sans lui demander son avis.
Prêter est un acte volontaire, point.
L'injonction de ces parents sous le terme fallacieux de "prêter" est d' "entériner cet emprunt qui t'a été fait (parfois avec violence) sans ton consentement". Cela me choque d'autant plus profondément qu'en tant qu'adulte, si je prête très facilement mes affaires, le coup "Ha au fait, je t'ai pris tel truc, ca ne te dérange pas ?" a le don de me hérisser : si, ça me dérange d'être mise devant le fait accompli, de n'avoir pas été consultée avant. Et moi j'ai la notion du temps, je sais qu'a priori cet objet me sera rendu (et encore, j'ai remarqué que les choses "empruntées" de cette manière ont tendance à devenir très rapidement dans l'esprit de l'emprunteur leur propriété, et qu'il leur est douloureux de le rendre ensuite...), notion que l'enfant n'a pas.
Personnellement je n'ai pas encore assisté à ce genre de scène. Mais il est certain que ma réaction serai de retirer aussitôt le jouet à celui qui l'a pris (que ce soit mon enfant ou un autre), de le rendre à son propriétaire, et de lui dire que s'il veut quelque chose, il doit d'abord le demander. Et accepter que la réponse soit un refus.
Le comportement que vous décrivez me semble encourager et justifier la captation du bien d'autrui. Plus tard ce sera le chapardage, puis le vol. C'est toujours le même acte. Combien de fois n'ai-je entendu des petits chapardeurs ou des petits racketteurs pris la main dans le sac se défendre d'un "mais j'allais le rendre !". Bien sur...
Dans le cas d'une fratrie, et plus largement d'une famille, je pense qu'il faut être très clair et très ferme sur les jouets "communs" et les propriétés exclusives. Sinon vous aurez du mal à vous justifier lorsque votre enfants adolescents vous "emprunteront" vos affaires (outils, vêtements, etc...)...
Je suis tout à fait d'accord avec "léo", et j'aimerais ajouter que les parents doivent montrer l'exemple: combien de fois ai-je vu des parents arracher des objets de la main de leur enfant sous prétexte que ce n'est pas pour lui, au lieu de lui demander de le rendre et de lui expliquer pourquoi?
Quand je suis devant la situation d'un enfant qui veut récuperer le jouet qu'un autre lui a pris des mains, je demande au deuxième de rendre le jouet au premier et de lui demander gentiment s'il peut l'emprunter, et justement d'accepter l'éventuel refus; tout en expliquant à l'enfant non prêteur qu'il faudra assumer ce choix, notamment en acceptant par exemple que l'autre soit triste et boude, ou bien qu'il se retrouve une autre fois face à quelqu'un qui ne voudra pas lui prêter non plus!
On peut aussi montrer que les jeux sont beaucoup intéressants quand ils sont partagés!