Si je m'approche d'un autre adulte dans la rue et que je lui prend son téléphone portable des mains, il y a toutes les chances pour qu'il proteste, voire qu'il me le reprenne brutalement des mains. Tout le monde trouverait cela normal. Et si un tiers s'interposait à ce moment là en lui disant "Allez, prête un peu ton téléphone à la dame !", la plupart des gens serait choquée (ou croirait à une plaisanterie). La propriété est une notion très importante dans notre société, n'en déplaise à certains. Nos "affaires" sont à nous et on entend les protéger. La plupart des gens sont d'accord pour prêter, mais seulement si on leur demande leur avis et s'ils ont le choix de dire oui ou non. Nous fonctionnons (presque) tous comme cela et c'est quelque chose que nous transmettons à nos enfants, sans vraiment le savoir, simplement dans notre façon de vivre au jour le jour.

Imaginez la même scène avec deux enfants de deux ans : l'un d'entre eux joue avec un ballon et le deuxième s'approche de lui et lui prend des mains. Dans la plupart des cas, le premier va protester et essayer de récupérer son ballon. Or souvent, un adulte s'interpose en lui demandant (ou lui ordonnant) de prêter son ballon. Pas de demande, pas de choix. Comment ne pas être en colère ? Comment la prochaine fois ne pas être encore plus protecteur de son ballon que l'on peut voir partir à tout moment, selon le bon vouloir des autres ?

Apprendre a prêter passe d'abord par l'apprentissage de ce qui est à soi. D'autant plus que pour un enfant de 18-36 mois, la propriété a encore un sens très flou. Que ce soit à lui pour toujours ou pour 5 minutes importe peu, un objet qu'il a dans ses mains est "à lui".

Quelques pistes :
- Verbaliser le problème et nommer les émotions, encore et encore. C'est parfois lassant, mais c'est important, surtout à l'âge où ils ne parlent pas encore tous parfaitement : "Elle veut jouer avec ton ballon. Toi tu ne veux pas le prêter. Tu es en colère qu'elle veuille prendre ton ballon sans que tu sois d'accord. Elle est triste de ne pas pouvoir jouer avec le ballon."
- Ne pas se fâcher parce qu'un enfant ne veut pas prêter son jouet. C'est son droit, après tout.
- Rassurer l'enfant sur sa propriété en lui disant par exemple : "C'est ton ballon et tu l'aimes beaucoup. La petite fille a aussi envie de jouer avec. Si tu la laisses jouer avec ton ballon, ce sera toujours ton ballon. Et quand elle aura terminé, elle ne partira pas avec. Elle te le rendra parce que c'est ton ballon."
- Féliciter un enfant qui prête en décrivant les conséquences (heureuses) de son acte : "Tu lui a prêté ton ballon. Regarde, elle a l'air vraiment très contente de jouer avec. On dirait que ça l'a rendu vraiment heureuse que tu lui prêtes ton ballon."
- Montrer l'exemple. Nos enfants apprennent toujours mieux par imitation. Votre manière de vous comporter avec "vos affaires" au jour le jour leur donnera l'exemple de ce qu'on fait quand on est un "grand". Et le désir de devenir "grand" est très fort chez nos enfants. C'est une motivation extraordinaire.