La plupart des jeunes mamans qui font le choix d'allaiter savent souvent que l'allaitement doit se faire "à la demande". Pourtant, je rencontre souvent des femmes dont le bébé a manifestement envie de téter (mouvements de succion avec la bouche, petits couinements, etc.) mais qui hésitent à le mettre au sein parce que "il a tété il y a moins d'une heure, il ne peut pas déjà avoir faim !".

Certes, un bébé tète sa mère pour se nourrir, mais pas seulement. Il peut également avoir soif, froid, ou tout simplement besoin de contact, celui-ci étant un besoin particulièrement important. Chacun a en tête les enfants des orphelinats Roumains où les bébés, nourris et réchauffés mais privés de contact humain, n'avait pas un développement normal et mourraient souvent précocément.

De plus, les enfants sont tous différents et les mères aussi. Là où un bébé énergique têtera en 10 minutes assez de lait pour lui permettre de "tenir" 2 heures, un autre mettra 30 minutes à extraire de quoi se sustenter pendant une demie-heure. De plus, des recherches récentes ont montré que différentes femmes avaient différentes capacités de stockage du lait dans leurs seins. Certains stockent jusqu'à 650 ml pendant que d'autres ne stockent que 80 ml. Pourtant, l'immense majorité des femmes fournissent au total assez de lait pour nourrir leur(s) bébé(s). Tout simplement, les bébés s'adaptent en têtant plus ou moins souvent et c'est pour quoi il est important de les laisser être les décideurs de la fréquence des tétées.

De plus, téter fréquemment et à la demande de l'enfant permet de raccourcir et de réduire les phases dites de "poussées de croissance", où le bébé tête plus souvent pour adapter l'offre à sa nouvelle demande. Les poussées de croissance sont une cause fréquente de sevrage précoce car elles peuvent conduire la mère à penser qu'elle n'a plus de lait (38% des mères qui sèvrent leur bébé avant 9 semaines le font à cause d’un problème de "manque de lait", selon une étude de l'INSERM (1)). Plus l'enfant tête fréquemment, plus les ajustements qu'il fait sont fins et précis et plus vite l'ajustement optimal est atteint. Réduire l'influence de ces phases en donnant le sein aussi souvent que l'enfant le demande pourrait donc permettre d'éviter les incertitudes concernant la quantité de lait produite.

Dans ces circonstances, donner le sein à volonté permet aussi, tout simplement, d'augmenter le confort de l'allaitement. Comme l'écrit Nathalie Roques dans son livre Au sein du monde, ''"dans le cas d'allaitements où les tétées sont peu fréquentes, on rencontre souvent des situations délicates, où un va et vient perpétuel entre engorgements et baisses de lait perturbe l'allaitement, et où le couple mère-bébé semble éprouver des difficultés pour trouver le bon rythme. C'est pourquoi un allaitement à la demande, dans la proximité des corps, avec des tétées plus fréquentes, sera sans doute plus facile, le corps de la mère et celui de l'enfant s'ajustant plus rapidement l'un à l'autre."''

De toutes façons, un bébé qui ne veut pas téter ne prendra pas le sein ou tetouillera simplement quelques secondes. Il n'y a donc pas de risque à proposer le sein "au cas où". Les premières semaines, dans le doute, on peut même proposer le sein à chaque fois que le bébé pleure. Avec le temps, le bébé et sa mère apprendront à décoder leurs signaux et à communiquer plus efficacement. Il est important de bien signaler ceci à toutes les mamans allaitantes, afin qu'il n'y ait aucune confusion dans leur esprit. On ne peut pas "trop" allaiter un bébé.

J'ai vu hier une maman qui, bien qu'elle avait lu l'excellent livre de Marie Thirion sur l'allaitement et qu'elle savait qu'il fallait donner le sein "à la demande", a été déstabilisée par le personnel de la maternité qui lui avait dit d'attendre entre deux tétées pour ne pas avoir trop mal aux seins (alors qu'elle avait mal à cause d'une mycose, et non parce que son bébé tétait trop souvent). Elle a passé ainsi six semaines à faire attendre son bébé trois heures entre les tétées, alors que celui-ci hurlait de faim, au risque de compromettre son allaitement !

Les jeunes mamans sont particulièrement faciles à dérouter et passe beaucoup de temps à douter de leurs capacités de nouvelle mère. Aidons-les à avoir confiance en elles et en leurs bébés, qui savent quels sont leurs besoins et qui savent aussi les communiquer, pour peu qu'on les écoute.

1. Arch Pediatr 2000; 7 : 571-2.