"Quels que soient l'affection et l'investissement de la mère pour son bébé, donner un biberon à la place du sein amputera forcément leur relation. D'une part, ni le bébé ni la mère n'expérimenteront les stimulations associées habituellement aux tétées. D'autres part, l'attitude de la mère qui aura souhaité ne pas allaiter sera modifiée. Le sevrage est à la fois le signe d'une attitude particulière de la mère vis à vis de son enfant et une cause de cette même attitude."

Effectivement, sauf de rares cas de malformation de la bouche, et à l'exclusion de toute intervention extérieure lors de la naissance, les bébés naissent tous avec la capacité de têter leur mère. De même, les corps des mères, sauf exception, se mettent tous à produire du lait lorsque le placenta est expulsé. Ceci est automatique car allaiter fait partie de la nature humaine.

L'allaitement est donc inscrit dans notre corps et il entrainerait un lien spécifique entre la mère et son enfant, reconnu d'ailleurs implicitement par la société. "Chez nous, quand une femme informe son entourage qu'elle allaite son bébé, un regarde particulier sera posé sur eux. Par exemple, dès la moindre manifestation d'inconfort du bébé, on se tournera vers la mère pour qu'elle puisse s'occuper de son enfant. Cette réaction sera beacoup moins alerte concernant un bébé nourri articifiellement. L'allaitement inscrit le lien dans une réalité incontournable, et rend la mère quasi-indispensable au bébé aux yeux de l'entourage. Ainsi, tout sera fait pour maintenir la cohésion du couple, en cas d'hopitalisation par exemple. L'allaitement sera alors présenté par la mère comme nécessitant sa présence auprès de son enfant, et sera reconnu ainsi par le personnel médical. En ce qui concerne la reprise éventuelle d'un travail nécessitant la garde de l'enfant par une tierce personne, la séparation sera envisagée parfois comme beaucoup plus difficile dans le cas d'un bébé allaité que dans le cas d'un bébé au biberon. Ce dernier pourra être considéré comme ayant déjà une expérience de séparation et on pensera qu'un apprentissage a débuté qui devrait permettre une autonomisation plus rapide. Le biberon est un substitut maternel qui a déjà permis le transfert de l'affectivité du bébé vers un objet, devenu objet de transition."

Ce type de discours peut sembler choquant dans notre société où dès que l'on parle de la supériorité de l'allaitement sur le lait artificiel, on s'empresse de la minimiser afin de ne pas culpabiliser les mères qui n'allaitent pas. Or le problème de la culpabilité est un faux problème, comme le démontre très bien Jack Newman dans un de ses feuillets: Culpabilité et Allaitement.

A quand un discours réellement franc et complet sur la différence entre allaitement maternel et allaitement artificiel ?