S'ennuyer avec ses enfants
Par superdidounet le mardi, août 22 2006, 09:23 - Nous les adultes - Lien permanent
Selon l'auteur, Helen Kirwan-Taylor, il est temps que les femmes comme elles, nombreuses, réussissent à admettre qu'elles s'ennuient avec leurs enfants, qu'elles ne considèrent pas la maternité comme la panacée "fascinante et amusante" que c'est censé être. "Toutes ces couvertures de magazine montrant des mères célèbres et très sereines à la maison avec leurs enfants donnent aux femmes le sentiment d'être inadéquates. Ce que les images ne montrent pas est la monotonie, la solitude et l'impitoyable domesticité qui arrivent avec l'éducation d'un enfant." Elle évoque également le fait que le fait d'être mère au foyer est responsable de nombreuses dépressions.
Et je suis d'accord avec elle, en un sens. Il est vrai que parfois, il y a de quoi mourir d'ennui quand mon grand me raconte pour la 67ème fois comment il a battu le "big boss de fin de niveau" dans Mario Bros (avec tous les détails, s'il vous plaît!). Il m'arrive également d'avoir envie de hurler quand je vois l'état du sol de la cuisine 18 minutes après l'avoir nettoyé, quand le chat a renversé son écuelle, que mon fils aîné s'est fait une tartine au dessus en la faisant tomber (et c'est bien connu, la face beurrée tombe toujours vers le bas!) et que mon fils cadet a marché sur l'ensemble avec ses chaussures. Dans ces moments-là, j'ai l'impression de ne pas utiliser mes neurones à leur pleine capacité.
Et il est vrai que parfois, surtout en fin de journée, j'ai tellement envie de parler avec un adulte que je me suis déjà retrouvée à aller acheter du pain que j'avais déjà juste pour discuter avec la caissière de la supérette d'en bas! Si on a pas de relais, si on est pas soutenu, il est vrai qu'il y a de quoi faire une dépression. Et c'est effectivement ce que font de nombreuses femmes, pour qui le travail devient en quelque sorte une porte de secours à cet enfermement. D'où la nécessité de permettre aux mères de revenir dans le monde social des adultes le plus tôt possible, tout en restant proche de son enfant.
A cet égard, je trouve que la praticité de l'allaitement et du portage peut aider dans cette démarche: on peut prendre un métro plus facilement avec un bébé en écharpe, on peut aller au cinéma avec un bébé allaité, par exemple. (Je me souviens avoir mangé au restaurant plusieurs fois avec mon fils cadet dans l'écharpe, quand il était tout bébé.) Il faut arrêter de penser qu'on ne peut "plus rien faire comme avant" avec un enfant et que la seule solution est de le faire garder. Cela n'est tout simplement pas vrai. S'il est vrai qu'il faut faire quelques aménagements et que la vie est différente après une naissance, une vie sociale normale est tout à fait possible!
Accessoirement, je ne suis pas sûre que ce soit uniquement les enfants qui soient ennuyeux. C'est peut-être tout simplement le fait de parler d'un sujet qui ne nous intéresse pas particulièrement. Est-ce que vous ne ressentez pas d'ennui quand votre grand-père vous raconte pour la 34ème fois comment c'était pendant la guerre? Ou quand votre voisine du dessus vous explique comment la gardienne a ''encore'' oublié de lui monter son courrier? Et pourtant, on écoute poliment le grand-père et la voisine, alors qu'on va demander à l'enfant de se taire. Et ceci alors même que les enfants sont plus fragiles car leur estime de soi est en cours de construction.
Je ne dis pas qu'il est indispensable d'écouter sans arrêt vos enfants vous rabâcher les mêmes histoires, mais d'être aussi indulgent que vous le seriez avec d'autres personnes (qui vous tiennent certainement moins à coeur que vos enfants!).
Et puis on peut aussi poser ses limites: si vous vous ennuyez à jouer au Monopoly, pourquoi ne pas trouver un autre jeu, un qui vous intéresse vraiment? Vous n'aimez pas jouer aux jeux de société? Alors peut-être que la pâte à modeler, la lecture ou le foot (dehors ou sur un jeu vidéo) seront plus adaptés à vos centres d'intérêt. Les enfants aiment qu'on s'amusent avec eux: si vous vous ennuyez, ils le ressentent certainement et leur plaisir en est certainement amoindri. Mon fils aîné sait que je m'ennuie à mourir (dieu que c'est vrai!) lorsqu'on joue au Monopoly: à chaque fois que je me suis forcée pour lui faire plaisir, je suis devenue irritable quand il ne jouait pas assez vite (c'est déjà assez long comme ça, si en plus il commente chaque lancé de dé, je deviens folle! "Mais tu vas jouer, bon sang!!!"). Depuis quelques temps, je refuse de jouer à ce jeu mais nous passons de bien meilleurs moments à lire ou à faire des entrainements de corde à sauter multi-joueurs sur Rocky IV (!).
Je terminerai en citant Hathor, ma dessinatrice humoristique préférée: "L'ennui, dans la vie, c'est comme tout, c'est un état d'esprit". Je vous conseille également l'excellent livre de Violaine Guéritault, La fatigue émotionnelle et physique des mères, qui parle très bien des conséquences de la solitude et de l'ennui que peut générer la maternité (et qui donne des pistes pour sortir de la dépression).
Commentaires
je suis dans l'ensemble d'accord avec votre raisonnement...
sauf que...
;o)
quand on a trois enfants,c'est moins facile de sortir,d'autant moins quand on habite en pleine campagne (ok,c'est un choix,peut-être suis-je asociale dans le fond)...
et que dire quand on a des jumeaux???
j'ai pratiqué le portage,beaucoup avec l'aîné,un peu avec les filles (à partir d'un moment,cela devient difficile de les porter en même temps)...
depuis la naissance des filles,je sors beaucoup moins...si je n'ai pas d'aide,je ne m'en sors pas...