Depuis plusieurs années, l'école à deux ans est souvent l'objet de vives critiques. Fin 2004, l'Association française de psychiatrie avait organisé une conférence-débat sur le sujet, lors de laquelle les pédopsychiatres avait utilisé les termes de "crime", "contre-sens éducatif", "vraie mauvaise idée", "maltraitance", évoquant une "évidence" mal entendue par le pouvoir politique. Rien que ça! Claire Brisset, défenseure des enfants, avant quand à elle déclaré qu'il fallait "une loi qui dise que l'école est accessible à trois ans révolus, comme on ne vote pas à 18 ans moins une semaine".

Il est vrai, la plupart des enfants de cet âge ne sont pas prêt à se retrouver dans une situation de forte socialisation comme celle que propose l'école. A cet âge, un enfant a besoin d’un contact privilégié avec un adulte, une relation "duelle" qui va l’aider à trouver ses repères pour se construire. L'enfant n'a pas non plus toutes les capacités linguistiques qui lui permettront de bien vivre cette expérience. Comme l'écrit Béatrice Guerville, auteure de Ne mettez pas votre enfant à l'école, il est trop petit !, "75% des enfants de deux ans ne se comprennent pas entre eux. (...) Un petit qui ne peut expliquer à son camarade qu'il lui prêtera le jeu quand il aura fini de s'amuser préfère donner une claque à celui qui veut lui prendre." S'il n'y a pas suffisamment d'adultes pour faire la médiation entre ces enfants, comment espérer qu'ils trouvent agréable la socialisation qu'on leur impose? Or, dans une classe de tout-petits, il y a souvent plus de 25 enfants et au mieux, deux adultes pour les encadrer.

L'école impose aux enfants des contraintes qui sont très difficiles à supporter pour des enfants de 2 ans: manque de sommeil, violence entre enfants, manque d'adultes référents, temps d'attente trop longs. Comme l'écrit Béatrice Guerville, "en moyenne, l'enfant, en toute petite section de maternelle, est occupé une demi-heure environ pour les activités d'apprentissage dirigés par la maîtresse, deux heures trente pour les activités d'apprentissage en atelier "pédagogiques" où le jeu et l'expérimentation libre sont dominants. Le reste du temps, il le passe à dormir ou à attendre. Comment est-ce possible? Il faut, à deux personnes (instituteur et ATSEM), environ 25 minutes pour préparer trente enfants de cet âge là à sortir en récréation l'hiver. Cela veut dire qu'un enfant bénéficie d'un temps d'apprentissage et d'aide de deux minutes et qu'il attend 25 minutes que les autres se préparent (avant ou après lui) pour sortir dans la cour." Est-ce vraiment l'idée qu'on se fait de l'école?

Certes, certains enfants bénéficient de l'école à 2 ans. Mais trois heures d'école dans une journée suffisent largement, même à ces enfants-là. Or, avec les problèmes de garde que rencontrent de nombreux parents, leurs enfants se retrouve à l'école pour plus de 8 heures d'affilées avec des rythmes soutenus, un défilé d'adultes pour s'occuper d'eux et du bruit dans les oreilles toute la journée.

Si vous souhaitez en savoir plus, je vous conseille de lire le livre de Béatrice Guerville. Le premier chapitre est l'histoire d'une première journée d'école racontée par un petit élève. Très émouvant et très instructif!