Ne pas vouloir d'enfant
Par superdidounet le jeudi, août 3 2006, 18:10 - Nous les adultes - Lien permanent
Ne pas vouloir d'enfant. Jusqu'à il y a peu de temps, cela m'était inconcevable. Pour moi il a toujours été évident qu'un jour je serais mère, et j'attendais ce jour avec impatience. Certainement un peu trop. Mon fils aîné aurait certainement profité mieux de sa mère si elle avait eu plus le temps de grandir avant de le concevoir.
Néanmoins je n'ai jamais considéré les femmes qui ne voulaient pas d'enfant comme des femmes égoïstes. Car avoir un enfant peut être un acte très égoïste. Il l'a été pour moi en tout cas: j'ai fait un enfant parce que j'en avais envie. Qu'est-ce qui est plus égoïste que ça? Le reste, ça vient tout seul, aidé par les hormones et la bonne conscience, si j'ose dire. Lorsque l'enfant est là on donne parce qu'on aime donner à son enfant. On est programmé pour cela, en quelque sorte. Je pense qu'il n'y a pas particulièrement d'altruisme là dedans.
Certes, les femmes ont plus souvent envie d'un enfant que les hommes. Est-ce à cause des hormones ou est-ce à cause de l'image de la femme véhiculée par la société. Nous élevons nos petites filles dans l'idée qu'elles seront mères; elles s'entrainent à coup de poupées et de babysittings. Du coup, c'est difficile de comprendre cette non-envie. Un choix à contre-courant est toujours plus difficile à assumer.
Quant aux raisons, peut-on vraiment généraliser? Il doit exister des tas de raisons pour laquelle une femme ne souhaite pas avoir d'enfants. Je me souviens d'une discussion au cours de laquelle une femme dans ce cas m'avait dit en substance: "Toi tu as envie de réparer ton enfance blessée en faisant mieux que tes parents, moi je n'ai même pas envie d'essayer".
Mais comme l'évoque Isabelle Buot, cela peut aussi provenir d'un désir de "se vouer à une brillante carrière professionnelle", un peu à la manière d'un homme, c'est à dire sans les contraintes qu'amènent indiscutablement le fait d'avoir des enfants. Après tout, de nombreuses femmes choisissent de ne pas avoir de carrière pour ne pas avoir à supporter la culpabilité incessante de la femme qui mène carrière et enfants. Choisir de ne pas avoir d'enfants n'est-elle pas l'autre option?
Je serais intéressée de savoir ce qu'en pensent maintenant les career-women des années 80, qui étaient nombreuses à faire ce choix, surtout aux Etats-Unis. C'est un sujet qui m'interpelle beaucoup.
Commentaires
Je viens d'écrire un billet sur le même thème. Vous le trouverez à cette adresse :
www.education.neufblog.co...
Au plaisir. Merci
L'EDUC.
Comme cette question m'a également passionnée, je me permets de vous copier-coller une tentative de réponse élaborée dans la cuisine de mon blog (mamans malignes) le 18 mai 2006..
Le prétexte était la série "Desperate Housewives"
Attention. Débarquement de mamans désespérées! Les Desperate Housewives envahissent les écrans de la TSR vendredi soir.
On retrouve les trentenaires occidentales à la recherche d’un compagnon de Sex and the City dix ans plus tard, une fois le mâle épousé, les enfants engendrés, et les désillusions liées au passage du rêve (américain d’abord, occidental dorénavant) à la réalité en travers de la gorge.
Il aura fallu toute la curiosité scientifique d’un créateur de séries américain homosexuel, Marc Cherry, pour que cette population de « bonnes femmes » soit enfin passée au scanner. La femme de la classe moyenne occidentale, blanche, diplômée, aisée est en effet une de celles dont la mutation dans son cocon intime a été aussi radicale que discrète durant ces trente dernières années.
La créature toute neuve qui en ressort actuellement n’a toutefois pas la grâce et l’insouciance du papillon.
Contrairement aux projections de Virgina Woolf (Une chambre à soi, 1929), qui voyait dans l’accession à « une chambre à soi », un espace préservé favorable à l’éclosion d’une pensée féminine originale et indépendante, la conquête d’un espace géographique propre à la femme à l’intérieur de la maison ne s’est pas accompagné de la conquête de l’espace politique.
Car contrairement à l’héroïne des féministes, les femmes au foyer ont des enfants…de surcroît pas du tout ou mal assumés par l’ensemble de la société.
Les compagnons de ces femmes ont été moultes fois les héros tordus des polars américains, prétextes à décrire la violence ordinaire que couvent les eaux apparemment tranquilles des banlieues favorisées (voir Harlan Coben ou Donald Westlake dans Le couperet, ou le dernier Bret Easton Ellis,..entre autres).
Pour leurs compagnes cantonnées à la sphère domestique, c’est une première (à l'exception remarquable du film de Cassavetes, une femme sous influence, en 1974).
Retraçons en quelques lignes les étapes de cette évolution.
La génération des femmes nées dans les années 70 s’engouffre dans le sillage des batailles pour la libération des femmes gagnées durant leur petite enfance par la génération des baby-boomers. Rappelons à cette occasion que le suffrage féminin au niveau fédéral n’est acquis qu’en 1971 (pour comparaison, il l’est depuis depuis 1930 en Turquie, 1956 en Tunisie et 1964 en Papouasie Nouvelle-Guinée).
La génération des « jeunes » mamans actuelles fut donc principalement apolitique, beaucoup plus attachée à peaufiner sa propre perfection qu’à tenter de créer un monde parfait.
Dédaignant l’activisme social, elles cultivèrent leur jardin avec un contrôle croissant qui dans les années 1980, prit l’allure d’une prise de pouvoir féminine.
« Nous nous percevions gagnantes », nous dit Judith Warner (auteur du livre Perfect Madness: Motherhood in the Age of Anxiety, Penguin, N.Y.,février 2005), « Nous avions été formées dès le biberon pour la compétition. Nous avons eu des cours de gym mixtes et parfois même des ateliers de travail du bois. Nous sommes devenues meilleures que les garçons en classe, même parfois en sciences et en maths. Et notre passage à vie adulte s’est fait conjointement à un nombre accru de femmes dans toutes les professions.
Nous croyions que nous pourrions aller aussi haut que nous le désirions. Rien ne pourrait plus désormais nous arrêter. La possibilité que les enfants n’entreraient pas bien dans ce paysage ne nous avait pas effleurées. Normal : les hommes allaient s’y mettre et nous soulager de la moitié de ce fardeau pensions-nous. Tout ceci n’était qu’une question d’équilibre bien compris dans un couple. A la trappe l’auto-sacrifice et le perfectionnisme de nos mères.
Mais dans les courant des années ’90, il apparut aux femmes qui pouvaient tout faire à la fois….qu’elles ne pouvaient pas, ne pouvaient plus, ne voulaient plus..faire tout en même temps. Car entre-temps, nous étions devenues mères, et avions constaté que cet équilibre tant décrit entre le travail et les enfants ne fonctionnait pas..mais alors pas du tout. La vie était dure, stressante, et chère. Travail et enfants étaient exigeants. Et l’ambitieuse forme de maternité à laquelle nous aspirions n’était pas compatible avec aucune sorte de petits travaux, amitiés, ou même la vie en général.
La plupart des femmes de ma génération ont grandi dans la croyance qu’elles avaient un nombre illimité de choix. Or, la plupart des femmes se retrouvent actuellement face aux choix suivants : poursuivre des rêves professionnels au prix d’un « abandon » des enfants pendant de longues heures à des modes de gardes inadéquats pour la plupart.
Ou alors : rester à la maison pour élever les enfants et vivre dans un état d’isolation quasi pathologique avec un mari qui rentre tard le soir, car enferré dans un job exigeant pour assurer un revenu suffisant.
Les choix on disparu. Indépendantes et auto-suffisantes, les femmes utilisent toutefois leur niveau d’éducation désormais élevé pour privatiser leurs problèmes. Car elles restent étrangères à la politique. Et ne savent pas exiger de la société des conditions de garde de haute qualité pour leurs enfants. Elles prennent donc tout sur leurs épaules.
Entre les femmes qui voudraient rester à la maison avec leur(s) enfant(s), ou réduire leur temps de travail mais ne peuvent pas se le permettre et celles qui voudraient réussir une carrière avec des horaires de travail raisonnables mais ne le peuvent pas, la grande majorité des femmes est insatisfaite de sa situation. »
Pourtant, la tendance est bien réelle, les femmes seraient de plus en plus nombreuses à mettre une parenthèse provisoire ou définitive à leur carrière professionnelle à l’arrivée des enfants… phénomène nommé Mommy madness par le Times. Et qui touche principalement les milieux ouvriers ou très aisés. Car dans les foyers aux faibles revenus, faire garder un ou plusieurs enfants est souvent moins avantageux que de ne pas travailler. Elles rejoignent sur ce plan les classes favorisées où les femmes n’ont pas besoin de travailler, explique Dominique Maison, auteur d’une thèse sur les femmes au foyer.
« Certaines, comme leur mère avant elles, ont toujours voulu vivre de cette manière, d’autres ont abandonné leur travail pour suivre leur mari, muté et mieux payé. Enfin, il y a les femmes « programmées » pour réussir, mais qui ont finalement préféré se retirer du monde du travail par hédonisme ». Hédonisme…vraiment ? Ou l’intuition forte de faire fausse route en déléguant à d’autres le soin coûteux des enfants ?
Un espoir à l’horizon pour les femmes suisses dont la situation s’apparente plus à celle des américaines, qu’à leurs congénères françaises, mieux loties de ce point de vue-là ?
L’arrivée de(s) Doris Leuthard(s) au Conseil Fédéral ?..qui comme Ruth Dreifuss, Ruth Metzler, …et Virginia Woolf, n’a pas d’enfants..
A voir.
rien a dire toujours le meilleur du web!
c est extremement facile mais faut un peu de reflexion quand meme